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Banques : Espèces dissonantes et trébuchantes

Ajouté le 06/01/2010

Les détournements à la Beac, les dégâts collatéraux de la crise économique mondiale et la mise sous administration provisoire de la Cbc ont marqué l'année 2009.

L'année économique s'est ouverte sur un climat morose, marqué par l'incertitude autour de l'expansion du spectre de la crise économique, et des effets collatéraux que cette situation a causés dans le monde entier. Le ministre des Finances, Essimi Menye, au sortir de l'année budgétaire 2008, apaise les inquiétudes des uns et des autres sur un éventuel désastre sur l'économie camerounaise. Quelques semaines après l'entrée dans le nouvel exercice cependant, l'économie nationale enregistre les premiers dégâts liés à la crise financière internationale. Fermeture de certaines entreprises du secteur du bois ; rétrécissement des subventions allouées à certaines entreprises publiques et parapubliques, diminution de l'aide publique au développement... Les entreprises du secteur du caoutchouc, de l'aluminium et du coton subissent les secousses de la crise désormais économique.

Au niveau des recettes budgétaires, la note de conjoncture du ministère des Finances informe que celles-ci ont connu une baisse de 71,3 milliards de Fcfa, passant de 503 milliards en 2008, à 431 milliards de Fcfa au premier semestre 2009. Au troisième trimestre, le plongeon continue. Le tableau des recettes affiche 1389,6 milliards de Fcfa en septembre, contre 1648 milliards de Fcfa recueillis à la même période, au cours de l'exercice précédent. Pour ne pas sombrer dans la récession, l'Etat, pour tenir ses engagements, tend la main au Fmi, et obtient un prêt controversé de 144,1 millions de dollars, (plus de 70 milliards de Fcfa). Le montant intégral qui a été immédiatement mis à la disposition du Cameroun, vise d'une part, à aider le pays à faire face aux effets de la crise financière internationale ; et d'autre part, à le soutenir afin de surmonter les retombées des chocs mondiaux sur sa balance des paiements, puis à protéger ses dépenses prioritaires (investissements, santé et éducation), indiquent les gouvernants.

Malgré cette conjoncture défavorable, le gouvernement tient à donner corps à certains projets créateurs de main d'œuvre. Le projet de construction du barrage hydroélectrique de Lom Pangar mobilise pour cela une activité interministérielle intense. L'ex-ministre de l'Eau et de l'énergie, Jean Bernard Sindeu, Célestin Ndonga, ex-directeur général de Electricity developpment corporation (Edc), lancent les travaux d'accès au site du barrage au mois de mai. Le 16 novembre, la table ronde des bailleurs de fonds mobilisés pour la réalisation de ce projet qui va révolutionner le secteur de l'électricité au Cameroun se tient dans la foulée d'une visite des partenaires financiers sur le terrain. Au terme de ce conclave de deux jours, les bailleurs de fonds donnent des intentions de financement d'un montant de 160 milliards de Fcfa pour la réalisation du projet dont le démarrage des travaux est prévu pour le premier trimestre de cette année.

Scandales Beac, Cbc…
Une embelllie en perspective pour le projet de construction du barrage réservoir de Lom Pangar, qui ne va cependant pas éclipser les deux principaux scandales financiers qui secouent le landernau économique en cette année 2009. Il y a d'abord la révélation du détournement de 19 milliards de Fcfa au Bureau extérieur (Bep) de la Banque des Etats de l'Afrique centrale (Beac) à Paris par des agents de cette institution, pour la plupart de nationalité gabonaise. Une plainte auprès d'Interpol permettra d'interpeller le nommé Armand Brice Ndzamba, ex-comptable au bureau de la Beac à Paris, et présenté comme le cerveau des détournements. Philibert Andzembe paiera le prix de ces fautes de gestion, en se faisant limoger de son poste de gouverneur de l'institution par son chef d'Etat, Ali Ben Bongo. Il y a ensuite au plan national, la Commercial Bank of Cameroon (Cbc), mise sous administration provisoire par la Commission bancaire d'Afrique centrale (Cobac), suite aux irrégularités observées dans la gestion de cette banque camerounaise.

Dans la foulée, l'Etat par la voix du ministre des Finances, annonce sa participation à hauteur de 20% dans le capital de cette institution bancaire, afin de lui permettre de reconstituer ses fonds propres.
C'est dans ce contexte que le gouvernement a adopté l'année dernière un nouveau document de stratégie pour la croissance et à l'emploi (Dsce), en remplacement du Dsrp, dont les incidences sur la pauvreté au Cameroun ont été nulles, selon les propres aveux des autorités camerounaises. Ce document de référence est un répertoire d'une douzaine de projets prioritaires dont le financement va nécessiter plus de 5000 milliards de Fcfa. Inspiré de la vision globale de développement du Cameroun à l'horizon 2035 conçue par le ministère de l'Economie, le Dsce envisage d'ici 2020, de transformer le pays en un vaste chantier dans les secteurs de l'énergie, des transports, des travaux publics, des Tic, de l'habitat, etc.

Pierre Célestin Atangana

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