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Autres infos

Banane plantain : Décollage vers la dynamisation d

Ajouté le 29/12/2008
Banane plantain : Décollage vers la dynamisation de la filière
La convention signée hier entre le gouvernement et l'Iiat marque une étape décisive dans le Prebap.
B.R. M.

Le ministre de l'Industrie, Badel Ndanga Ndinga, l'a lui-même confessé : le programme de reconversion économique de la filière banane plantain (Prebap), a connu une "longue période de léthargie" depuis son lancement. Mais, en dépit des accélérations observées en 2006, ce n'est que hier mardi, 23 décembre 2008, que ce programme qui a pour objectif de faire de la filière banane plantain un maillon essentiel de la relance économique et de la lutte contre la pauvreté au Cameroun, si l'on s'en tient aux propos prononcés hier à Yaoundé par Badel Ndanga Ndinga, a cessé "d'apparaître dans le registre de simples annonces et des évocations répétées de la part des hautes autorités de l'Etat".

Ceci, grâce à la signature d'une convention entre l'Etat du Cameroun et l'Institut international de l'agriculture tropical (Iiat), organisme auquel l'Etat du Cameroun s'est engagé à confier "le statut de d'organe de consultation externe pour l'appui-conseil et l'accompagnement, dans la mise en œuvre des activités de la filière de transformation de la banane plantain portées par le Prebap au cours de la phase pilote" qui va courir entre 2008 et 2011, indique Badel Ndanga Ndinga. Le gouvernement camerounais s'attache ainsi les services d'un organisme qui, depuis sa création en 1967, œuvre pour, apprend-on, dans la recherche en vue d'accroître et de soutenir la production agricole dans la zone tropicale humide d'Afrique.
Un objectif auquel répond le Prebap, qui, dès sa phase d'extension devant débutée en 2011, a pour ambition déclarée de faire passer la production annuelle de plantain de 1,3 million de tonne à 4 millions de tonnes en 5 ans. Grâce à des rendements à l'hectare de 26 tonnes, contre 6,5 tonnes actuellement. Une augmentation de la production qui va permettre, indique-t-on au ministère de l'Industrie, de satisfaire toute la consommation de base des populations du Golfe de Guinée. Et d'engranger de bénéfices substantiels pour l'économie camerounaise.

Ce d'autant que le Prebap n'est pas seulement destiné à l'augmentation de la production de la banane plantain au Cameroun, puisqu'il intègre par ailleurs le développement des industries de transformation de la banane plantain, denrée dont les experts s'accordent à dire qu'elle peut être à la base de 200 produits dérivés. Il s'agit, entre autres choses, de la farine de plantain qui peut être utilisé dans la fabrication du pain et toute sorte de pâtisseries (ce qui va rendre leurs prix plus abordables par rapport au pain fabriqué à base de la farine de blé importé) ; des chips tels que produits actuellement par Chipsa, une Pme qui revendique une production d'une tonne par mois.
Il en est de même des liqueurs et des vins à base de plantain, dont des échantillons ont été exposé au cours de la cérémonie de signature de convention hier à Yaoundé ; des tableaux décoratifs et des tenues et chaussures de scène fabriqués avec les écorces de bananier plantain, etc. Autant d'opportunités qui font dire aux responsables du Prebap qu'après la phase pilote qui s'achève en 2011, ce programme peut être à l'origine de la création de 250.000 emplois en 5 ans.

Douala III : Le budget en chute libre

Ajouté le 29/12/2008

Une baisse d'environ 63 millions Fcfa pour la commune en 2009.
Monique Ngo Mayag

Pour l'année 2009, les prévisions générales en recettes et en dépenses à la commune urbaine d'arrondissement de Douala 3ème, s'élèvent à 838,2 millions de francs Cfa. Cette enveloppe budgétaire servira au fonctionnement de la mairie et à la réalisation des chantiers en 2009. "Il s'agit notamment de l'acquisition de six véhicules, de l'entretien et la réhabilitation des axes communaux", soutient Oumarou Fadil, le maire de Douala 3ème. Plus de trois milliards Fcfa seront également alloués par la Communauté urbaine de Douala (Cud) à la commune d'arrondissement de Douala III dans le cadre de l'assainissement et du bitumage des axes routiers. Le budget soumis à l'appréciation des 59 conseillers présents dans la salle des actes de la mairie le 24 décembre dernier, a connu l'approbation de 52 d'entre eux. Parmi les abstentionnistes, on compte principalement Jean Michel Nintcheu et Jacob Ngounou, tous deux conseillers municipaux du Social Democratic Front (Sdf).

Pour expliquer son abstention, Jean Michel Nintcheu soutient que les conseillers municipaux n'ont pas eu le temps nécessaire pour apprécier le budget 2009 afin de relever les irrégularités que celui-ci présente. M. Nintcheu relève notamment que certaines variations des postes budgétaires ne sont pas justifiées. "Les taxes sur les spectacles connaissent une baisse de 65% par rapport à 2008, c'est à croire que les ventes à emporter et les salles de jeux ont été fermées". "Les recettes directes et les impôts libératoires sont aussi en baisse tandis que les dépenses sont en hausse, à l'instar des salaires du personnel municipal qui augmente de 25%", constate Jacob Ngounou. "En tant que gestionnaire, je pense que pour soumettre un budget à un vote, il faudrait au préalable présenter le niveau de réalisation du budget en cours, pour une projection de l'exercice budgétaire suivant", ajoute-t-il. "Mais jusqu'ici, on ne voit pas les chantiers réalisés durant le budget de 2008. Et en 2009, ce sont les mêmes routes et les mêmes ponts qu'on envisage toujours de construire. A quoi a donc servi le budget précédent ?", s'interroge par ailleurs M. Ngounou.

Lors de la lecture des travaux en commissions qui ont précédé le vote du budget, une équipe de conseillers a d'ailleurs proposé la création d'une commission chargée de l'exécution et du suivi des résolutions. "Celle-ci devra siéger tous les trois mois", note-t-on. Les manquements enregistrés dans le fonctionnement de la commune de Douala III proviendraient d'un manque de communication entre les administrateurs et leurs collaborateurs. "C'est à la télévision que je m'informe des évènements qui surviennent dans ma commune", décrie par exemple Achille Nzembe, un conseiller. Lequel suggère que des notes d'information soient régulièrement envoyées par e-mail aux 61 conseillers que compte la mairie. Ce qu'a d'ailleurs approuvé M. Oumarou Fadil. La commune de Douala III s'étend sur 113 km2 et sa population est évaluée à 1.200.000 habitants
environ.

Leçons de Guinée

Ajouté le 29/12/2008

Les ingrédients sont pratiquement les mêmes, entre les deux pays, qu'on n'a aucun mal à deviner des épilogues qui se ressemblent.
Par Alain B. Batongué*

Il ne faut, certes, pas pousser les traits : Paul Biya, le président de la République du Cameroun, a quand même plus de classe et n'est jamais allé, comme Lansana Conté de Guinée, sortir de la prison un de ses "amis" au motif qu'il n'est pas concerné par la lutte contre la corruption qu'il a lui-même engagée. Mais d'un autre côté, on notera que la société civile guinéenne, en coaction avec les syndicats, a démontré au début de l’année 2007, qu'elle constituait une force réelle qui pouvait faire tomber un gouvernement et infléchir les positions du président de la République, fut-il le tout-puissant Lansana Conté.
La Guinée, on en convient alors volontiers, c'est la Guinée. Mais ne faut-il pas se méfier des choses qui arrivent à la Guinée aujourd'hui ? Lansana Conté, au-delà de l'indécence qu'il y aurait pour un humain à se réjouir de la disparition d'un autre, n'avait manifestement plus rien de bon à apporter à son peuple. Sa magistrature suprême, grotesque, brutale et ubuesque, était devenue un supplice injuste et humiliant pour le vaillant peuple de Guinée. Sans applaudir sa mort, qui verserait des larmes sincères sur celui qui, après avoir essoré son peuple, avait décidé que ses obsèques seraient supportées par le Trésor public, c'est-à-dire par la sueur des contribuables guinéens ?

Nous ne pleurerons donc pas Lansana Conté autrement que comme un "vivant" qui (tré)passe. En revanche, il serait utile et bienvenu de capitaliser sur le seul véritable message qu'il puisse nous envoyer: celui de la signification de sa mort, et des bruits cahoteux qui l'ont accompagnée. Et le message est clair : l'inévitable déliquescence d'un pouvoir qui dure, qui ne vit que de durer, de s'imposer à son peuple par la force et la corruption, est un terreau au chaos, une proie pour les "aventuriers" en tenue et en armes, qui pourraient bien devenir les "sauveurs" de la République.
La cacophonie, qui s'est emparée de la Guinée moins de 5 heures après le décès du président Conté, est la plus grande insulte qui puisse lui être faite et qui illustre l'étendue de son échec. Que l'on n'attende même pas que le corps du chef se soit refroidi pour déjà se disputer son trône montre à quel point son entourage était, depuis longtemps, dans un légitimisme de façade.
Avis aux chefs entourés de courtisans. La leçon guinéenne est à la fois triste et implacable : personne n'est plus là avec vous quand la fin s'annonce inexorablement. Tous sont dans l'attitude du Machiavel des Discours, sur la Première Décade de Tite Live : "Il faut être assez loin du Prince pour ne pas être emporté par sa chute ; mais assez proche pour être à portée de profiter de ses débris."

Des Lansana Conté, il y en a beaucoup en Afrique. De vieux chefs d'Etat qui refusent d'assumer leur âge et qui n'ont pas, comme Alpha Oumar Konaré, Jerry Rawlings, John Kuofour et quelques rares autres, le courage de dire qu'ils n'affronteront pas les problèmes de leur temps et les problèmes du temps de leurs petits enfants. Plus on est âgé et usé par le pouvoir, plus on s'estime vigoureux et capable d'action. Alors on modifie (pour faire beau et ne pas dire "tripatouille") les Lois fondamentales bénéfiquement limitatrices de mandats présidentiels ; on s'impose à l'occasion de scrutins aussi fantaisistes que folkloriques. On règne avec des coteries toujours plus refermées, brutales et paranoïaques à mesure que la légitimité du pouvoir se fragilise. Même ceux qui sont chrétiens oublient, ostensiblement, l'enseignement du Psaumes 90, verset 10 : "Les jours de nos années s'élèvent à 70 ans.

Et, pour les plus robustes, à 80 ans." Leçon des choses, entre ces deux âges, un chef est pour son peuple un miracle quotidien. Qui doit donc en avoir conscience et s'assurer les meilleurs mécanismes de passation du pouvoir, pour le bien et la continuité du pays pour qui il dit avoir, en général, un grand dessein. Lansana Conté, c'était près d'un quart de siècle de pouvoir suprême. Beaucoup de temps, mais encore bien moins que plusieurs chefs d'Etat africains encore en poste. Une telle durée ne participe plus de la stabilité positive, mais de la fragilisation du système de gouvernance, articulé non pas sur des institutions garantes de l'avenir, mais sur l'allégeance à un individu distributeur de situations de rente. Cette durée n'est plus un ferment de progrès, mais le signe d'une décrépitude. Avoir le sens patriotique, aimer assez son peuple pour lui éviter le pire, c'est savoir passer la main à de nouveaux acteurs, à de nouvelles générations et à ne pas se prendre pour indispensable.

Le président guinéen a obstinément refusé d'admettre les évidences du bon sens. Et ce qui devait arriver… Du coup, au lieu de le pleurer, tout dans son entourage semble indiquer qu'il avait trop tardé à tirer sa révérence sur une scène de théâtre où il n'intéressait plus grand monde, en dehors des avantages de circonstance qu'il pouvait encore garantir à tel ou tel autre de ses affidés. Il a également démontré, avec sa mort, que les luttes de clans pouvaient n'avoir aucun effet dans la perspective du repas final, du grand partage dès lors que la jeune garde de l'armée, prenant ses responsabilités, ne fera pas de différences parmi tous ces gens qui, depuis de trop nombreuses années, ont entraîné le pays vers la ruine et la déliquescence. Il n'y a qu'à voir comment tous ceux qu'on présentait, en Guinée, chacun à son tour, comme les successeurs putatifs de Lansana Conté, sont allés ventre à terre et toute honte bue faire allégeance au capitaine Mousa Dadis Camara, pour comprendre ce qui pourrait se passer ailleurs…
Au fond, après tant d'années de gâchis, pourquoi (im)mobiliser le pays pendant 40 jours de deuil, au lieu de le (re)mettre immédiatement au travail ? La question paraîtra injuste et choquante pour un mort qui, malgré tout, a servi son pays et croyait sans doute bien faire jusqu'au bout. Mais comme toutes les autres interrogations et les leçons qu'elles charrient, elle a, aujourd'hui plus qu'hier, toute sa place. Et interpelle à plus d'humilité, plus d'humanité. Plus de citoyenneté. Pour le Cameroun de demain.
Peut-on raisonnablement en attendre les premiers signes dans le message à la nation du chef de l'Etat mercredi soir ?

12 juillet 1884-12 juillet 2004

Ajouté le 23/12/2008

12 juillet 1884-12 juillet 2004

Il y a 120 ans, le sort de tout le Cameroun basculait de manière durable
sous la domination étrangère.
Par Prince Kum’a Ndumbe III [1].

Il y a 120 ans, les rois du « Cameroons » signaient des traités avec des commerçants
allemands mandatés officiellement par le Chancelier Bismarck. Depuis, le Cameroun a
basculé dans un régime politique qui a scellé la domination étrangère comme système
politique devenu la norme chez nous. Depuis lors, il n’a pas été vraiment possible d’avoir des
gouvernements ayant les mains libres pour la politique de notre pays, sans qu’ils se réfèrent à
une métropole étrangère ou sans qu’ils acceptent de manière plus ou moins nuancée la tutelle
d’une puissance étrangère, de multinationales ou d’organismes internationaux dont le contrôle
nous échappe entièrement.

Que s’est-il passé exactement en ce mois de juillet 1884? Qui a signé quel traité, et au nom de
qui? Dans les livres d’école au Cameroun, on évoque le traité du 12 juillet 1884, même la
plupart des historiens ne vont pas plus loin que ce traité. Certains écrivent avec insistance que
ce traité a été signé par King Akwa, et que King Bell fut seulement témoin. C’est faux.
D’autres pensent que le traité fut signé plutôt par King Bell. Où est la vérité ?
D’autre part, que contenait ce traité ? Certains l’ont interprété comme étant un traité par
lequel ces rois du « Cameroons » auraient vendu leur pays aux Européens. D’autres arguent
que Duala Manga Bell, élevé au rang de héros national par le Cameroun indépendant, serait
mort parce qu’il aurait revendiqué le respect du traité du 12 juillet. Alors, que faudrait-il
retenir comme fait historique ? D’autre part, le « Cameroons » dont on parle se limitait à la
côte, même si les territoires de dépendance et d’influence des rois en question s’étendaient
dans des zones que l’on classifie aujourd’hui en partie dans le littoral et dans le sud-ouest.
Comment se fait-il donc qu’un traité signé par ces rois à « Cameroons Town », baptisé Douala
depuis la colonisation allemande, ait pu engager tout le territoire camerounais que nous
connaissons ?

Il est urgent d’engager un vaste débat national sur cette question de traité de transfert de
souveraineté, sur les termes de ce traité, sur les conditions et les préalables avant la signature,
sur les circonstances qui ont permis la main-mise de l’Europe, par le biais de l’Allemagne sur
nos affaires, sur les mesures prises par l’occupant et qui ont permis une domination
structurelle qui perdure jusqu’aujourd’hui. Lancer ce débat, ce n’est pas seulement
s’interroger sur ce qui s’est passé, mais c’est surtout aussi analyser les failles de nos systèmes
politiques camerounais avant la colonisation et qui ont permis la domination européenne, c’est
enfin lancer un vaste débat nous permettant de trouver les moyens pour une nouvelle
souveraineté qui assurerait notre capacité d’agir en tant que nation ou Etat-multinations dans
un système qui se veut mondialisé.

Les difficultés pour les Camerounais de comprendre ce qui s’est réellement passé proviennent
de la part peu importante qu’occupent l’histoire et la politique du Cameroun dans nos
programmes scolaires et universitaires. Cette histoire et cette politique restent quelque peu
taboues. Les dotations financières pour la recherche scientifique sur ces sujets restent
marginales ou inexistantes, il manque des laboratoires de recherche sur les différentes phases
de notre histoire nationale, sur les systèmes sociaux, politiques, juridiques et économiques
avant la colonisation, pendant la domination européenne et après les indépendances. Tant que
tout cela restera négligé, la conscience nationale collective ne produira pas les éléments de
réponse fondamentaux pour un développement durable du Cameroun. Un autre handicap,
celui-ci technique, mais surmontable quand il existe de véritables structures de recherche, est
que la plupart des documents sur le nouveau Cameroun né en 1884 se trouvent dans les
archives et bibliothèques en Allemagne et sont confectionnés en allemand – même ceux
conservés aux archives nationales du Cameroun. Certains documents essentiels sont écrits en
écriture gothique allemande, soit imprimés, soit écrits à la main. Or, même les Allemands
d’aujourd’hui pour la plupart ne savent plus lire l’écriture gothique allemande rédigée à la
main, combien de fois donc les Camerounais scolarisés en français ou en anglais !

Il n’a pas eu un, mais environ 95 traités de transfert de souveraineté

Le premier traité de transfert de souveraineté de la région « Cameroons » a été signé par Jim
Ekwala, King Dido, soit Deido, le 11 juillet 1884. « Cameroons » désignait à l’époque la
sphère de souveraineté et d’influence des rois duala. Les King Bell (Ndum’a Lobe) et King
Akwa (Dika Mpondo) signeront le 12 juillet deux traités identiques, mais séparés, même si les
deux rois contresignent le traité de l’autre. Tous ces trois traités ont le même contenu, seuls
les noms des signataires camerounais changent, et le traité avec King Dido se limitait à son
seul petit territoire, tandis que les traités du 12 juillet englobait tout le territoire sous influence
des trois monarques. D´autres traités consécutifs seront signés par exemple le 15 juillet par les
princes de Jeballé et Sodiko qui stipuleront qu’ils se trouvent sous l’autorité de King Bell. A
Bimbia, cependant, un autre traité fut déjà signé le 11 juillet par les princes Money, Quaan,
Ekongolo, etc. Il est important de noter que ce n’est pas, contrairement à une opinion très
répandue, seulement le traité du 12 juillet qui a, après négociations, transféré la souveraineté
des potentats camerounais à l’Allemagne. Certes, ce traité est celui qui a été le plus mûrement
négocié et qui a connu les plus grandes répercussions locales et internationales. Cependant, en
dehors de ceux déjà mentionnés, d’autres traités négociés furent signés à Yoko déjà le 29
octobre 1883 (!), à Small Batanga le 18 juillet 1884, à Malimba le 20 juillet, à Ndoo et
Bakundu le 5 novembre, à Kribi le 27 juillet, à Campo River le 30 juillet, à Bota le 27 juillet,
à Bénita le 2 août 1884, etc. Tous ces traités ont été négociés de commun accord. Mais il y
aura aussi des traités de vente et de cession de petites parcelles de terrain, comme par exemple
l’île Nicol vers Bimbia appartenant à King Bell. Sur les 95 traités recensés, 8 seulement seront
des traités de vente, les autres sont des traités négociés et plus tard, dès que l’Allemagne
commencera la conquête militaire du nouveau Cameroun, des traités imposant par la force des
armes la souveraineté allemande seront appelés traités de paix, comme ce fut le cas pour le
traité de Hickorytown (Bonabéri) le 13 janvier 1885, de Victoria le 25 mars 1895, de Banyo le
7 mai 1899, de Ngaoundéré le 20 septembre 1901 ou de Garoua le 5 et 28 décembre 1901, etc.

L’impact des traités du 11 et 12 juillet 1884

Pourquoi les trois traités du 11 et 12 juillet 1884 ont-ils eu une répercussion aussi importante
dans l’histoire de notre pays? Les structures économiques et politiques de nos sociétés
traversaient des phases critiques face à la mondialisation du continent africain qui a commencé
avec l’esclavage et qui au 19è siècle assurait à l’Europe de la révolution
industrielle des avantages exorbitants face à l’Afrique et une prépondérance certaine dans nos
relations bilatérales. D’autre part, plusieurs guerres internes ébranlaient l’autorité des
potentats de « Cameroons ». Ainsi, King Akwa adressa-t-il le 7 août 1879 une lettre à la Reine
d’Angleterre pour demander l’application des lois anglaises avec une administration
britannique sur son territoire. King Bell en fera de même le 8 mars 1881, et les deux signeront
une demande commune le 6 novembre 1881. Mais les deux ne voulaient ni annexion, ni
colonisation, mais un transfert de souveraineté qui n’enlèverait pas aux rois l’essentiel de leur
pouvoir. Les Anglais hésiteront jusqu’à la fin, le consul britannique Hewett ne pouvant
accéder aux exigences camerounaises. Les Allemands représentés par les firmes
commerciales Woermann et Jantzen & Thormählen avaient réussi à arracher une partie
importante du commerce camerounais et à convaincre le chancelier allemand Bismarck
d’entreprendre l’acquisition d’un protectorat chez nous. Bismarck qui initialement était
opposé à toute politique coloniale, de peur de fragiliser l’unité allemande par des
revendications à l’encontre de la France ou de la Grande Bretagne, finira par céder aux
pressions des milieux commerciaux qui réclamaient des colonies. Il envoie donc un bon
connaisseur de l’Afrique, le Dr Gustav Nachtigal, et le dote de pouvoirs plénipotentiaires pour
négocier rapidement et signer des traités de transfert de souveraineté au nom du Reich
allemand, afin que lui Bismarck puisse exhiber ces parchemins à la conférence internationale
de Berlin sur le partage de l’Afrique qu’il préparait et qui siégea de novembre 1884 à février
1885 à Berlin. Les Allemands connaissant la volonté des rois du « Cameroons » d’ouvrir leurs
territoires à l’administration et à l’industrialisation modernes européennes accepteront
rapidement les conditions difficiles des rois duala, pourvu que le traité fut signé. Le transfert
de souveraineté par ce contrat fut donc soumis à des conditions limitant sévèrement le pouvoir
des partenaires européens. Ce qui est peu connu, c’est qu’avant que les traités en question ne
furent signés, les rois du « Cameroons » exigèrent un engagement écrit du Reich sur un
document distinct du traité et signé par le consul allemand Emil Schulze, afin de s’assurer
l’engagement futur du Reich pour le respect des conditions stipulées par les rois camerounais.

Les conditions camerounaises de transfert de souveraineté aux Allemands

Ce texte intitulé « Wünsche der Kamerunleute » « Souhaits des Camerounais » fut signé
uniquement par le consul allemand comme garantie le 12 juillet 1884 et stipulait :
Le monopole commercial restera entre les mains des Camerounais, 2 – Les Camerounais ne
demandent ni protection, ni annexion aux Européens, 3- Les Camerounais demandent le
respect de leurs coutumes, 4- Les terres cultivées sont inaliénables, 5- Les Camerounais ne
veulent pas de douane (allemande) chez eux – Celle-ci devant rester sous l’autorité des rois,
6- Pas d’impôts sur les animaux domestiques, 7-Pas de bastonnades ou d’emprisonnement
sans faute, surtout pas à propos des transactions de commerce de troc, et ceci sans décision de
justice.

C’est après cette garantie allemande que le texte même du traité du 12 juillet 1884 sera signé.
Dans le corps de ces traités, le transfert de souveraineté des territoires du « Cameroons » au
Reich allemand sera restreint par les clauses suivantes : 1- Le territoire dénommé Cameroons
est géographiquement délimité, 2-Les droits de souveraineté, de législation et
d’administration sont cédés aux firmes privées allemandes – qui rétrocéderont ces droits au
Reich allemand, 3- les droits des tiers sont préservés, 4- la validité des traités d’amitié et de
commerce signés auparavant avec d’autres puissances étrangères est préservée, 5-le droit des
Camerounais et de leurs héritiers sur les terres cultivées et habitées sont maintenus, 6- le droit
de douane au profit des rois demeure, 7- le respect des coutumes camerounaises est acquis.

Une fois le traité signé avec les commerçants allemands, le consul allemand Emil Schulze
signera comme témoin, celui-ci apposera un timbre fiscal allemand et enregistrera le contrat
comme document officiel de relations internationales du Reich allemand. Généralement le
même jour, une transaction a lieu entre les commerçants allemands et le Consul
plénipotentiaire Gustav Nachtigal. Lors de cette transaction, les commerçants allemands
transfèrent à l’Etat allemand tous les droits acquis et s’en dessaisissent. Le lendemain, soit le
13 juillet pour les trois traités, en présence des rois camerounais, des commerçants allemands
signataires du traité et du représentant officiel du Reich, une proclamation solennelle est faite
pour déclarer le nouveau territoire placé sous l’autorité allemande. C’est alors que le drapeau
est hissé sous le tonnerre de coups de canon. Ce fut le cas le 14 juillet 1884 à « Cameroons
town » (Douala)

Le refus de signature de Lock Priso (Kum’a Mbape) et la première guerre anti-coloniale

La population était-elle d’accord avec la signature de ce traité? Non. Le commerçant Edouard
Woermann, signataire du traité et frère de Adolf Woermann, directeur de la société, notait le 9
juillet 1884, donc trois jours avant la signature officielle du traité : « Les deux rois Bell et
Akwa voudraient bien signer le traité, mais leurs puissants vassaux ne veulent pas accepter et
s’opposent véhément contre toute signature de contrat avec les Allemands ». Dans une note au
nouveau gouverneur du « Kamerun » von Soden, l’assistant du Dr. Nachtigal et chargé des
affaires allemandes au Cameroun, le Dr. Max Buchner, écrira en juillet 1885 : « Notre
acquisition (du Cameroun) a engendré tellement de désagréments pour tous les rois et chefs
camerounais qu’ils aimeraient, s’ils le pouvaient, annuler ces traités ».

A cause de toutes ces résistances, ces traités ne seront pas signés sur terre ferme
camerounaise, mais sur le bateau de guerre allemand « Möwe ». Lock Priso (Kum’a Mbape),
qui régnait de l’autre côté du fleuve à Bonabéri, fut le seul potentat à refuser la signature du
Traité, le considérant comme une escroquerie monnayée. King Bell (Ndumb’a Lobe) rassura
les Allemands en disant que Lock Priso, faisant partie de sa famille, serait sous son autorité, et
que la signature de King Bell engageait aussi Bonabéri. Les Allemands ne pouvant pas
acquérir « Cameroons » sans l’autre côté du fleuve, Hickorytown, procédèrent après maintes
hésitations à la cérémonie de hissage de drapeau allemand à Bonabéri le 28 août 1884. Lock
Priso réagit le même jour, en adressant une lettre au consul allemand : « Je vous prie de
descendre ce drapeau, personne ne nous a achetés, vous vouliez nous corrompre par beaucoup
d’argent, nous avons refusé, je vous prie de nous laisser notre liberté et de ne pas apporter du
désordre chez nous ». Comme les Allemands ne vont pas s’exécuter, le drapeau allemand est
descendu du mât et arraché. Un commerçant allemand de la firme Woermann, Pantänius est
assassiné en représailles par le chef Elame Joss La guerre éclate. Lock Priso a des alliés aussi
bien chez les Bonapriso, Bonanjo que chez certains Akwa et Deido. La pression est mise sur
les commerçants allemands pour qu’ils ne livrent plus d’armes à King Bell. Le 16 décembre,
les Bonapriso et Bonabéri mettent le feu à Bonanjo (territoire de King Bell). Le commerce
import-export menace de s’arrêter complètement. La guerre n’est pas seulement entre les
différentes parties duala, pro- ou contre le traité, les Allemands sont directement impliqués.
Le 20 décembre, les bateaux de guerre allemands « Bismarck » et « Olga » arrivent au secours
et débarquent 331 soldats bien armés sous la direction de l’amiral Knorr. Du 20 au 22
décembre, le « Olga » bombarde Bonabéri, Bonapriso est mis à sac. Les marins allemands
descendent à Bonabéri et brûlent une ville vidée de ses habitants. Le butin le plus précieux des
Allemands est la proue princière, le « tangue » de Kum’a Mbape, jusqu’aujourd’hui en otage
au musé ethnographique de la ville de Munich. Le premier traité de soumission sera ainsi
signé le 13 janvier 1885. Après, plusieurs autres guerres éclateront un peu partout dans le
nouveau Cameroun, tel que tracé à l’issue de la conférence de Berlin. Les Camerounais vont
résister contre la pénétration coloniale allemande, mais les Européens avaient déjà décidé de
s’entraider pour une agression militaire concertée et généralisée contre l’Afrique, et par ce
biais asseoir une domination européenne de longue durée sur l’ensemble du continent africain.

Les contrats des 11 et 12 juillet 1884 ont été un marché de dupes. Ils ont permis, ainsi que les
autres contrats négociés entre Camerounais et Allemands, au Reich de Bismarck de mettre
pied sur terre camerounaise sans provoquer une résistance généralisée, de s’installer et de se
préparer alors pour une conquête militaire globale de tout notre pays. La dimension de la
volonté européenne de se saisir de l’Afrique et de ses biens dans un style colonial a échappé à
nos rois signataires qui pensaient préserver des acquis dans une situation où ils étaient euxmême
déjà très fragilisés. Duala Manga Bell, Ngoso Din et les autres payeront plus tard de
leur vie cette erreur d’appréciation des données internationales de l’époque..




1 L’auteur est docteur en Etudes germaniques, docteur en Histoire contemporaine et Professeur d’université en
sciences politiques. Il a enseigné ou enseigne encore aux universités de Yaoundé I, FU-Berlin, Université de
Lyon II et Université Catholique de Lyon. Prince héritier Bele Bele, Lock Priso (Kum’a Mbape) fut son grand
père.


Dossier :
Articles successifs :
II- La question de l’expropriation
III - La résistance des Camerounais sous la direction de Duala Manga Bell
Textes annexes :
I Première partie de documents
1 – Wünsche der Kameruner Leute (Souhait des Camerounais)
2- Le contrat avec le Roi Deido, 11 juillet 1884
3 - Les contrat avec le Roi Bell, 12 juillet 1884
4- Le contrat avec le Roiakwa, 12 juillet 1884
5- Le contrat avec Jebale et Sodiko, 15 juillet 1884
7- La lettre de protestation de Lock Priso au consul allemand du 28 août 1884
II Deuxième partie de documents
6- Le rapport du Professeur de médecine Ziemann
7- Le décret d’expropriation du 15 janvier 1913
8- La lettre des Rois duala au Parlement allemand, le Reichstag du 15 janvier 1913
9 – Le rapport de séance de la réunion à Douala avec le ministre allemand, le 24 décembre
1912
10- Le texte des derniers mots de Duala Manga Bell

Polémique autour de la gestion de 15 millions

Ajouté le 23/12/2008
Commerce :

L'argent débloqué par le ministère de l'Economie n'a pas encore permis l'aménagement d'un marché témoin de poulets à Douala.
Monique Ngo Mayag

Vendredi dernier, 28 novembre, l'Interprofession avicole du Cameroun (Ipavic) certifiait que les marchés témoins étaient effectifs à Yaoundé et Douala. Le pavillon de vente de volailles du marché Sandaga à Douala a ainsi été pris d'assaut samedi dernier, 20 décembre dernier, par plus de deux cent ménagères, venues s'approvisionner en poulets de chairs de 2kg au prix homologué de 2200 francs Cfa. Munies des glacières pour les unes et de sacs de marché pour les autres, elles ont attendu en vain le fameux contingent de l'Interprofession avicole du Cameroun (Ipavic). Dans la journée de samedi, un communiqué signé du Délégué régional du Commerce du Littoral signifiait que la vente était reportée à hier, lundi 22 décembre.

Ce jour, les ménagères se sont encore déportées en masse pour le site du marché Sandaga, mais une fois de plus, elles ont été déçues. "C'est lors d'un débat télévisé que j'ai été informée de la vente du poulet de chair à 2.200francs. J'avais prévu en acheter quatre et les nettoyer en attendant les fêtes. Je suis déçue d'apprendre que le poulet de deux kilos vaut 3.000 francs Cfa", déplore Francette Ndongo, en empruntant le chemin du retour, la mine défaite. Michel Bouommeu est tout aussi consterné que ses clientes. "Durant ce mois de décembre, nous avons multiplié les réunions avec les agents de l'Ipavic. Ils nous ont affirmé mettre à la disposition du marché témoin de Sandaga, environ 6.000 poulets de chair. Nous les attendions à partir du 20 décembre, mais jusqu'à présent, il n'en est rien. Le site n'a même pas été aménagé à cet effet ".

Un montant de 15 millions de francs Cfa aurait été octroyé à la Communauté urbaine de Douala (Cud) pour l'aménagement de l'espace devant abriter les volailles. "C'est M. Ngassa, technicien à la Cud qui a été chargé de la conception et l'exécution de cet espace. Nous avons d'ailleurs échangé avec lui sur les besoins conformes à la vente de volaille. C'est ainsi que nous avons convenu des abattoirs carrelés pour le déplumage des poulets, des robinets d'eau potables et des cages pour garder la volaille", révèle Michel Bouommeu, délégué du Gic Pigeon. Pourtant, lorsqu'on se rend à Sandaga, les 50 mètres carrés environ qui devaient ainsi être " viabilisés " restent inchangés. Pas l'ombre d'un parpaing. " En réalité, l'Ipavic a passé un accord avec l'Etat pour contribuer à la lutte contre la vie chère. L'Etat a débloqué un milliard deux cent millions pour ce projet, mais comme d'habitude, l'argent a suivi des chemins inconnus ", pense avec dépit Jean Nenda, membre du collectif des vendeurs de volailles du Littoral.

Convention
A défaut de compter sur l'Ipavic, les grossistes de volailles s'approvisionnent auprès des fermiers de Moussaka, village du Sud -Ouest ou ceux de Bekoko, dans la banlieue de Douala. Nous sommes à quelques jours des fêtes et le marché témoin de Sandaga n'a donc pas encore accueilli ses premiers poulets, tandis que le marché témoin de Yaoundé vibre déjà au son des abecquements. Joint au téléphone, le Délégué régional du Commerce pour le Littoral martèle que la vente du poulet à 2.200 Fcfa aura bel et bien lieu. "Même s'il faille vendre le poulet à ladite délégation ", affirme t-il. Interrogé sur les raisons pouvant expliquer l'échec de l'opération, David Tségui affirme qu'il ne peut s'étendre sur le sujet, " au risque d'indexer certaines personnalités ". Le collectif des vendeurs de volailles du Littoral a écrit au Délégué régional de l'Elevage, des pêches et des Industries Animales avec ampliation à l'Ipavic, aux service du gouverneur de la Région du Littoral et à la délégation du Commerce du Littoral, pour attirer leur attention " afin de ne plus être vilipendé par ceux qui prétendent que nous sommes responsables des malheurs de la filière avicole ".

Jeudi 10 juillet dernier, Louis Paul Motaze, Ministre de l'Economie, de la Planification et de l'Aménagement du Territoire, présidait la cérémonie de signature d'une Convention d'Appui direct aux accouveurs de la filière avicole au Cameroun dans la salle de réunion de son cabinet. Au cours de cette rencontre, le gouvernement, par la voix du ministre de l'Economie, s'était engagé à " accorder une subvention à l'importation des œufs à couver pour un montant de 221 300 000 FCFA d'ici fin juillet 2008. Ainsi qu'à mettre à la disposition des accouveurs un crédit d'un montant de 985 030 000 FCFA, sans intérêts et avec un différé de 18 mois, pour l'importation des parentaux, et dont seuls 65% seront remboursés ". A son tour, l'Ipavic représentée alors par une délégation conduite par le président Ahmadou Moussa s'est engagé à approvisionner en décembre 2008, le marché camerounais en poulets de chair de 1,8 à 2 kilogrammes, à 2 000 FCFA sortie ferme, et 2 200 F CFA dans les "marchés témoins ".

Afrique : un chiffre d’affaires doublé en 10 ans

Ajouté le 19/12/2008



Le groupe Jeune Afrique, dans son hors série n° 20, vient de publier pour la dixième année consécutive, le classement des 500 premières entreprises d’Afrique. L’enquête a porté sur un peu plus de 6 000 entreprises africaines répertoriées dans les bases de données du magazine. Parmi ces entreprises, près de 4 500 ont reçu un questionnaire détaillé. Après vérification des chiffres communiqués (année 2007), « nous avons établi un classement comportant les données de plus d’un millier de sociétés », explique Jean-Dominique Geslin dans l’éditorial du numéro suscité. Ces données ont permis de réaliser le Top 500, mais aussi les 15 classements par pays, et les 10 classements par secteur incluant des sociétés dont le chiffre d’affaires est insuffisant pour figurer dans le palmarès général.
Le premier constat fait par Jeune Afrique dans ce hors série est qu’en l’espace d’une décennie, le chiffre d’affaires cumulé des 500 meilleures entreprises africaines a plus que doublé. Il a atteint 567,5 milliards de dollars en 2008, contre 225 milliards de dollars en 1999, année du premier classement. L’Afrique a donc doublé la mise. De même, le chiffre d’affaires des plus « petites » entreprises répertoriées en 1999 ne dépassait pas les 15 millions de dollars. Dix ans après, il est d’un peu plus de 30 millions de dollars.
Ce que l’on peut également tirer de ce hors série, c’est la détermination du secteur le plus porteur en Afrique. Et de prime abord, l’on constate que l’exploitation et la transformation des hydrocarbures restent l’activité dominante des 500. Même si leur influence continue de diminuer. Ce secteur représente en effet 22,19% du chiffre d’affaires cumulé contre 23,31% l’année dernière. Dernier fait remarquable : le classement par pays. L’Afrique du Sud domine encore une fois la partie, avec 38 entreprises de différents secteurs d’activités parmi les 50 premières. Ce « succès » est quelque peu terni par l’Algérienne Sonatrach (hydrocarbures), première entreprise du Top 500 (encore une fois), avec un chiffre d’affaires de 67,632 milliards de dollars.
 

Par Alain NOAH AWANA

La méthode Jeune Afrique

Ajouté le 19/12/2008



Sur 6 085 entreprises africaines répertoriées dans nos bases de données, 5387 ont reçu cette année un questionnaire détaillé. Après relances et vérifications, nous établissons un classement comportant les données de 1140 sociétés. De quoi réaliser le Top 500, mais aussi les classements par pays ou par secteur incluant des sociétés dont le chiffre d’affaires ne leur permet pas de figurer dans le palmarès général.
Pour préserver les aspects pratiques de ces tableaux et permettre les comparaisons, nous appliquons à toutes les données les mêmes règles.
Tous les éléments financiers ont une source clairement définie et, d’une manière générale, sont ceux qui nous ont été communiqués par les entreprises. Ils portent sur l’exercice 2007 ou, comme c’est parfois le cas, sur des exercices annuels 2007-2008.
S’ils sont exprimés en monnaie locale, les chiffres sont convertis par nos soins en dollars, au taux de change du 31 décembre 2007.
Nous intégrons toutes les entreprises qui nous répondent tant qu’elles sont juridiquement établies dans au moins un des pays du continent (le Zimbabwe est écarté). Ceci explique qu’un holding et ses filiales puissent figurer dans le palmarès.
Lorsque nous ne parvenons pas à obtenir de données actualisées, nous gardons celles du classement précédent (cas signalé par un astérisque). Notons qu’après deux ans de silence, la société disparaît du classement.
 

Par Patrick Sandouly (Jeune Afrique)

Les entreprises camerounaises perdent la cote

Ajouté le 19/12/2008

Contrairement aux années antérieures, elles sont en nette régression dans le classement de Jeune Afrique.

Les entreprises camerounaises, sont-elles aussi performantes qu’on le croit sur le territoire national ? A priori, on pourrait bien répondre par l’affirmative. Mais, en comparant leurs performances par rapport aux autres entreprises du continent, il ne fait point de doute que le Cameroun très « effacé ». Onze entreprises camerounaises (seulement) ont pu trouver une place dans le classement africain des 500 premières entreprises, publié par Jeune Afrique. Lorsque l’on compare ce nombre à celui des pays comme la Côte d’Ivoire (24 entreprises classées) ou l’Algérie (29), on se rend bien compte que les Camerounais n’ont pas matière à se réjouir. Seul bémol à ce constat, c’est le pays qui a le plus grand nombre d’entreprises dans le classement en Afrique centrale, devant le Gabon qui en compte dix.
Pour ne pas tout arranger, la progression des entreprises camerounaises dans le Top 500 n’est pas encourageante. Bien au contraire. En dehors de la Société nationale de raffinage (Sonara), qui gagne 20 places et occupe cette année le 80e rang, toutes les autres ont plutôt régressé. La première performance camerounaise est la Société nationale des hydrocarbures (Snh), 72e africaine, et qui fait le statu quo. Total Cameroun, qui entre dans le classement cette année, est la troisième entreprise camerounaise classée. C’est une entrée fulgurante, puisqu’elle occupe directement la 202e place.
Toutes les entreprises citées jusqu’ici font dans le secteur de l’énergie. L’agro alimentaire intervient avec la Société anonyme des Brasseries du Cameroun (Sabc). Les Brasseries du Cameroun partent de la 214e place l’année dernière, pour se retrouver 236e entreprise africaine. La chute est également assez lourde pour Mtn Cameroon et Orange Cameroun. Les deux principaux opérateurs de téléphonie mobile occupent respectivement le 260e rang (contre 241 l’année dernière) et le 318e rang (contre 292). Entre les deux, l’on retrouve Aes-Sonel, distributrice d’électricité au Cameroun, qui perd deux petites places (270e contre 268e au classement précédent). Toutes les autres entreprises camerounaises classées ont fait pire : le Groupe Cfao part de la 315e à la 341e place ; la Compagnie camerounaise d’aluminium (Alucam), à la 362e position, perd quinze place. Les Cimenteries du Cameroun (Cimencam) se retrouve parmi les 100 dernières entreprises africaines, au 404e rang, alors qu’elle occupait l’année dernière la 375e position. La dernière entreprise camerounaise fait partie de celles qui ont enregistré la plus grosse chute. La Société de développement du coton (Sodécoton) part de la 333e place à la 477e position.
La régression générale des entreprises camerounaises dans le classement de Jeune Afrique est tout de même en contradiction avec quelques données. En dehors de la Sodécoton dont le chiffre d’affaires est de -21,92% par rapport à celui de l’an dernier, la quasi-totalité des autres ont des chiffres d’affaires en nette progression. La Snh affiche un chiffre d’affaires en progression de 17,45%. Pour les Brasseries du Cameroun, cette progression est de 21%. Mtn Cameroon et Orange Cameroun sont respectivement à 23% et 29%.
Ces progressions sont quelque peu encourageantes. Mais, les chiffres d’affaires restent faibles par rapport aux autres sociétés africaines. Mtn Cameroon, dont le chiffre d’affaires s’élève à 367 756 dollars (environ 165,5 millions Fcfa), vient longtemps après des entreprises du même secteur d’activité comme l’Egyptienne Orascom Telecom (4,9 millions de dollars) et Maroc Telecom (3,6 millions de dollars). Dans un tout autre secteur, les Brasseries du Cameroun ont enregistré un chiffre d’affaires de 415,749 millions de dollars. Rien à voir avec les 963,603 millions de dollars de Nigerian Breweries dont le chiffre d’affaires est de 37%. Si elles s’érigent sur le plan national en véritable poumon de l’économie camerounaise, les entreprises camerounaises ne représentent pratiquement rien à l’échiquier continental. Rien d’étonnant, quand on fait le constat que la zone franc, dont le Cameroun fait partie, représente seulement 4,77% du chiffre d’affaires cumulé des 500 premières entreprises africaines. Pour mieux cerner la différence, on peut noter que les entreprises sud-africaines représentent 51,57% de ce chiffre d’affaires.
 

Par Alain NOAH AWANA
Le 19-12-2008

Ens de Maroua : La " Noël " de Paul Biya

Ajouté le 19/12/2008
Ens de Maroua : La " Noël " de Paul Biya au Septentrion
Plus de 4 800 ressortissants de l'Adamaoua, du Nord et de l'Extrême Nord admis dans les listes additives publiées hier.
Jean Francis Belibi

Ce sont bien 5615 candidats ressortissants des régions de l'Adamaoua, du Nord et de l'Extrême Nord qui sont finalement admis dans les cycles A et B de l'Ecole normale supérieure (Ens) de Maroua pour le compte de la prochaine année académique, soit 4855 sélectionnés dans les listes additives publiées hier par le ministre de l'Enseignement supérieur (3222 au 1er cycle et 1633 au second cycle). Un chiffre auquel il faudra ajouter les 760 de la première vague des étudiants admis dans les premières listes rendues public. On est donc loin et même très loin des 1420 places réclamées par les élites et dont les noms ont été communiqués à la présidence de la République en fin de semaine dernière par les services du ministre de l'Enseignement supérieur (Minesup), après les travaux du jury spécial qui avait été mis sur pied à la demande du président de la République.

Un jury constitué à la suite de la contestation née des élites et élus de ces trois régions après la publication des premiers résultats du concours d'entrée dans cette école récemment créée au sein de l'Université de Maroua. On est donc passé des 760 admis, chiffre officiel publié par le Minesup dans la guerre des statistiques qui l'a opposé aux élites des trois régions concernées, à près de 6 000, soit tous les ressortissants de cette partie du pays qui ont postulé à une place dans cette école. Une décision prise en toute souveraineté par le chef de l'Etat après la transmission des conclusions du jury spécial, selon nos sources. Une première dans les annales de l'histoire des concours administratifs au Cameroun… De même que ce sera sans doute la première fois qu'une liste additive dépasse de très loin, celle du résultat définitif du concours.

Des étudiants qui sont admis "sous réserve de la présentation des originaux des diplômes requis" comme indiqué dans le communiqué du Minesup. Sur les chiffres, on peut relever 527 admis au rang des conseillers d'orientation pour le second cycle, alors que 555 candidats sont retenus en première année du 1er cycle de Science de la vie et de la terre. Les " listes additives " publiée hier sous la forme de communiqués signés par le ministre de l'Enseignement supérieur hier en fin de matinée tombaient comme par hasard, à la veille de l'ouverture officielle dans la ville de Maroua du Festival national des arts et de la culture (Fenac). On se rappelle à cet effet que les élites envisageaient une marche de protestation contre les premiers résultats publiés par les autorités de l'Enseignement supérieur ce jour à l'ouverture de cette rencontre culturelle.

Embarras
Comme nous l'indiquions déjà dans notre édition de mercredi dernier, le problème que posera la décision rendue hier est celui des infrastructures d'accueil de tous les étudiants sélectionnés. Une situation qui avait déjà été soumise à l'appréciation du chef de l'Etat selon des sources proches du ministère de l'Enseignement supérieur dans le cas du recrutement des 1420 initialement prévus. On imagine que celui-ci se posera encore avec plus d'acuité avec le nombre de candidats retenus pour les régions de l'Adamaoua, du Nord et de l'Extrême Nord.
La publication hier des listes des admis des régions septentrionales vient ainsi mettre fin à un ensemble de manifestations organisées depuis une dizaine de jours par les élites de cette partie du pays.

Des manifestations qui ont eu pour principaux théâtres, l'Assemblée nationale où les députés avaient initié la correspondance adressée au chef de l'Etat. Paul Biya avait en effet reçu ce pli des mains de Cavaye Yéguié Djibril, le président de l'Assemblée nationale et porte-parole des manifestants. Ce qui avait permis d'éviter une paralysie de l'institution parlementaire. On les avait ensuite retrouvé au palais des Congrès de Yaoundé il y a une semaine au cours d'une rencontre avec le secrétaire général du Comité central du Rdpc au cours de laquelle ils avaient exigé et obtenu de ne pas voir assister le ministre de l'Enseignement supérieur, par ailleurs secrétaire à la Communication du parti au pouvoir. Avant de bouder une invitation à dîner du Premier ministre chef du Gouvernement qui recevait l'ensemble des parlementaires à sa résidence le même jour pour marquer la fin de la session parlementaire consacrée à l'examen et au vote du budget de l'Etat pour l'exercice 2009. Les résultats publiés hier par les soins du ministre Jacques Fame Ndongo vont au delà des attentes des élites et autres élus des régions septentrionales. Elles qui se sont engagées à pourvoir la région en infrastructures pour l'accueil des nouveaux étudiants vont devoir faire face à une demande pour le moins inattendue et somme toute embarrassante.
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L’élection bloquée au Gicam

Ajouté le 18/12/2008

Les deux candidats s’affronteront dans deux mois.

Olivier Behle, le président du Groupement inter patronal du Cameroun (Gicam) restera encore en fonction pendant deux mois. C’est la principale résolution de l’assemblée générale tenue hier 17 décembre 2008. Cette instance de décision a constaté de multiples blocages qui ont empêché l’élection d’un nouveau bureau pour le groupement. En l’espèce, les partisans des deux listes en lice, celle conduite par le président sortant Olivier Behle et celle conduite par Protais Ayangma son challenger n’ont pas réussi à s’entendre sur les modalités pratiques d’organisation du scrutin. Toute chose qui a poussé M. Ngwe Apollinaire président de séance à suspendre les travaux de l’assemblée générale, renvoyant les deux listes à mieux se pouvoir au terme de plus de trois heures d’empoignes.
Tout avait pourtant bien commencé dans une salle de réunion du Gicam bondée de monde à l’occasion de cette 106ème assemblée générale. Entre autres points de l’ordre du jour, le rapport d’exercice du secrétaire exécutif, le rapport des commissaires aux comptes, le rapport moral du président sortant et enfin le renouvellement du bureau. Les trois premiers points sont passés comme lettre à la poste. Pas de questions, pas de critiques, pas d’observations sur les interventions des uns et des autres malgré l’insistance du président sortant. Las d’attendre, il décide de passer au point concernant le renouvellement du bureau. “ Comme il n’y a rien à dire sur ces différents rapports, nous passons donc à l’élection du nouveau bureau du Gicam ”. A ce moment, la salle s’agite.

Processus électoral
Un peu esseulé sur la table principale, Protais Ayangma les bras croisés esquisse un léger sourire. Sur le banc des médias aussi, l’annonce du point concernant l’élection redonne de la vigueur aux journalistes perdus dans les chiffres issus des interventions précédentes. Martin Abéga, secrétaire exécutif de l’institution est invité à lire les statuts du Gicam pour ce qui concerne le renouvellement du bureau. Comme préalable avant le début des opérations, Olivier Behle, le président sortant commande la vérification du corps électoral. C’est alors que survient le premier hic.
Protais Ayangma lève le doigt et demande instamment la mise en place d’un bureau pour conduire le scrutin. Refus sec du président sortant. “ C’est moi qui organise les élections ”. Ce faisant, il donne la parole à un notaire invité pour la circonstance afin qu’il donne la liste de tous les membres du Gicam à jour de leurs cotisations, un préalable pour être électeur et éligible. Après la lecture du notaire, le deuxième hic se produit. Martin Azemkouo de la Rw King qui assure pourtant avoir payé sa cotisation constate avec surprise qu’il ne remplit pas le critère principal pour voter. Il apostrophe le secrétaire exécutif du Gicam, un peu comme un garçon de course. L’assemblée se gausse. Luc Perrial Nyodog, un candidat de la liste Ayangma déclare lui aussi avoir payé sa cotisation le jour même du scrutin.
Le président sortant ne veut rien entendre et semble décidé à mener jusqu’à son terme le processus. Désapprobations et contestations dans la salle. Un petit conciliabule entre lui et Protais Ayangma calme le jeu. Les deux têtes de liste s’accordent finalement sur la nécessité de mettre en place un bureau pour conduire les élections. Il revient à Olivier Behlé de choisir le président et Protais Ayangma devra choisir les deux scrutateurs. Apollinaire Ngwé est ainsi désigné pour conduire l’élection. Alors que l’on croit les querelles terminées, Célestin Tawamba revient à la charge. “ Les textes du Gicam ont été violés dès le début. Les listes doivent être déposés quinze jours avant le scrutin, ce qui n’a pas été fait. On peut valablement remettre en cause ce processus … ” A sa suite, M. Ayangma enfonce le clou et accuse ouvertement le secrétaire exécutif du Gicam de rouler pour la liste conduite par Olivier Behle. “ C’est ici que j’apprends que ma liste ne comporte que quinze membres. Le secrétaire exécutif a pris sur lui d’élaguer ma liste sans m’en informer. Le problème de fond est celui des missions du secrétaire exécutif au sein de notre groupement. Et c’est pour cela que nous proposons une refonte en profondeur de ces missions… ” Les explications données par Martin Abéga ne vont pas convaincre les partisans de la liste Ayangma.

Report des élections
Un des scrutateurs désignés pour contrôler jette à son tour un pavé dans la mare en demandant le report des élections pour une date ultérieure. Un avis qui est partagé par plusieurs personnes ayant pris la parole. D’autres membres du Gicam souhaitent que l’on aille aux élections. Tout simplement parce qu’un report ne va rien changer dans le fond. “ Même si on revenait dans deux mois, voire plus, la situation ne va pas changer. Les listes seront les mêmes que celles qui sont présentés aujourd’hui. On peut même aller loin en se demandant qui a peur des élections ? Il faut qu’on y aille… ”, insiste André Fotso de Fme-Gaz. Dans la salle, chacun y va de son commentaire. Le président de séance reprend la parole et annonce que les deux candidats acceptent une suspension des travaux de l’assemblée générale. Les deux candidats ont deux mois pour mieux se pourvoir, et il revient au bureau exécutif du Gicam entre temps de préparer un cadre juridique qui ne sera pas contesté par les uns et les autres.
 

Par Léopold Chendjou